Les enfants ont besoin d'informations honnêtes, plutôt que d'être protégés de la réalité.
L'anxiété est tout à fait normale, surtout en cette période de crise sanitaire liée à la COVID-19. Mais pour éviter que les enfants ne soient submergés par l'anxiété, ils ont besoin d'informations adaptées et d'une personne qui prenne leurs inquiétudes au sérieux, explique Barbara Breuer-Radbruch, psychothérapeute allemande spécialisée dans le suivi des enfants et des adolescents.
Laura Millmann : Les enfants traversent actuellement une période difficile. Ils ne peuvent ni voir leurs amis ni rendre visite à leurs grands-parents, et ils sont probablement exposés en permanence à des informations sur le coronavirus. Les parents doivent-ils s'inquiéter du risque de troubles anxieux chez leurs enfants ?
Barbara Breuer-Radbruch : Non, compte tenu de la situation actuelle, il est compréhensible que les enfants aient parfois peur. C’est une réaction normale, et même saine. Mais les parents doivent être attentifs à la nature de l’anxiété ressentie par leur enfant : s’agit-il d’une anxiété raisonnable et « normale », ou d’une peur qui menace son bien-être et pourrait entraîner des crises de panique ou un trouble anxieux ?
LM : Que peuvent faire les parents pour aider leurs enfants à faire face à un sentiment d’impuissance ?
BB : Dans ma pratique, j'essaie toujours de simplifier l'information et d'expliquer la situation de manière adaptée à l'âge : qu'est-ce qu'un virus et pourquoi devons-nous garder nos distances avec les autres ? Ce matin, par exemple, j'ai expliqué cela à un patient à l'aide d'une image familière à tous : en hiver, quand il fait froid, on voit l'air que l'on expire et jusqu'où il se propage. Or, en ce moment, l'air que nous expirons peut être dangereux, c'est pourquoi nous devons pratiquer la distanciation sociale. C'est quelque chose que les enfants peuvent comprendre ; c'est logique pour eux.
« Les parents devraient partager les dernières informations avec leurs enfants, en leur expliquant de manière simple, factuelle et adaptée à leur âge. Ils doivent également prendre au sérieux les inquiétudes de leurs enfants et les aider à gérer ce qu'ils voient et ressentent. »
Je recommanderais aux parents d'adopter une approche similaire. Ils devraient partager les dernières informations avec leurs enfants, en les expliquant de manière simple, factuelle et adaptée à leur âge. Ils doivent également prendre au sérieux les inquiétudes de leurs enfants et les aider à gérer ce qu'ils voient et ressentent. Il est important, par ailleurs, de veiller à ce que les enfants ne soient pas constamment bombardés d'informations angoissantes. Mais faire le contraire – les protéger de l'information – n'est pas non plus une solution. Ils savent que quelque chose se passe.
LM : Les enfants ont donc besoin de sentir qu’on les prend au sérieux. Comment pouvons-nous leur donner ce sentiment ?
BB : Les parents ne doivent ni minimiser ni ignorer les inquiétudes de leurs enfants. Et, tout simplement, ils ne doivent pas leur mentir ! Il est important de communiquer ouvertement et d’éviter de banaliser la situation. Cela ne signifie pas pour autant qu’il ne faut pas les rassurer. Bien sûr, les parents peuvent expliquer que les enfants ne courent généralement pas de risque. Pour lutter contre un sentiment d’impuissance, il est également utile de souligner qu’il existe certaines choses que nous pouvons faire. Nous pouvons rester chez nous et respecter les règles mises en place pour nous protéger ; cela nous permet d’avoir, même modestement, une influence sur le cours de la crise.
Une autre idée consiste à instaurer des moments dédiés aux soucis. On peut encourager les plus jeunes à fabriquer une « boîte à soucis » : ils y écrivent ou y dessinent leurs inquiétudes sur un morceau de papier. Ensuite, ensemble, vous pouvez mettre de côté ces soucis pour faire place à d’autres pensées.
LM: Une dernière question, qui concerne les écoles : De nombreux professeurs Ils sont en contact avec leurs élèves en ligne ou assurent des gardes d'enfants d'urgence. Quels conseils leur donneriez-vous ?
BB : En gros, mon conseil serait le même. Les enseignants doivent eux aussi répondre aux questions et aux préoccupations de leurs élèves avec calme et objectivité. De plus, ils doivent prendre soin d’eux-mêmes. Les enfants ressentent quand leurs enseignants sont contrariés. Par conséquent, les enseignants – et les parents – devraient prendre leurs propres inquiétudes au sérieux, se calmer et trouver des moyens de se détendre régulièrement.
Conseils pour les parents
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Notes
Barbara Breuer-Radbruch est psychothérapeute et travaille auprès d'enfants, d'adolescents et de familles à Magdebourg, en Allemagne. Elle reçoit des patients âgés de 0 à 21 ans, dont certains souffrent de troubles anxieux. Elle est également vice-présidente de la BKJ, l'association professionnelle allemande des psychothérapeutes pour enfants et adolescents.