BOLD explore la métacognition des enfants avec Alicia Forsberg

Comment métacognition Comment la métacognition se développe-t-elle chez l'enfant ? Comment peut-elle favoriser son apprentissage au quotidien ? Les personnes qui s'occupent de l'enfant peuvent-elles soutenir sa métacognition à la maison ?

BOLD Je me suis entretenue avec Alicia Forsberg, maître de conférences en psychologie cognitive et développementale à l'université de Sheffield, pour en savoir plus.

Quelles stratégies favorisent la métacognition ?

Les éducateurs et les personnes qui s'occupent d'enfants peuvent utiliser ces stratégies pour soutenir la métacognition des enfants :
• Fournir aux apprenants des incitations métacognitives pour les aider à suivre leurs progrès dans une tâche, comme « Quel est mon objectif ? » ou « Suis-je sur la bonne voie ? »
• Transformez les objectifs d’apprentissage en questions comme « Quelle stratégie de multiplication me convient le mieux ? »
• Utilisez des flashcards, des quiz rapides ou des « brainstormings » pour aider les enfants à se souvenir des informations et à voir ce qu’ils savent.
• À la fin d'une leçon ou d'une tâche, demandez aux enfants de réfléchir à ce qu'ils ont appris, à ce qui ne leur paraît pas encore clair ou aux stratégies qui leur ont le plus aidés.
• Encouragez les élèves plus âgés à expérimenter, par exemple en faisant régulièrement de courtes pauses ou en pratiquant la mémorisation, et à réfléchir à l'effet que cela peut avoir sur leur apprentissage.

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Le psychologue cognitif qui cherche à améliorer la métacognition des enfants

Je suis Alicia Forsberg, maître de conférences à l'École de psychologie de l'Université de Sheffield. Mes recherches portent sur le développement de la mémoire de travail, de l'apprentissage et de la métacognition tout au long de la vie.

La métacognition est souvent décrite comme la réflexion sur sa propre pensée. En termes simples, il s'agit d'être conscient du fonctionnement de son propre esprit. C'est savoir ce que l'on sait, comprendre comment on apprend et être capable de gérer sa propre pensée. Cette conscience nous aide à planifier, à suivre et à évaluer notre approche de l'apprentissage et de la résolution de problèmes. Un aspect de la métacognition qui m'intéresse particulièrement est la métamémoire : notre conscience et notre contrôle de ce dont nous nous souvenons et de ce que nous oublions. Par exemple, lorsque vous vous rendez compte que vous avez oublié quelque chose et que vous décidez de le revoir, vous utilisez la métamémoire.

Les chercheurs décomposent souvent la métacognition en plusieurs composantes clés, dont la connaissance de soi en tant qu'apprenant : connaître ses forces, ses faiblesses et ses limites. La deuxième composante est la capacité à observer sa pensée en temps réel. Il s'agit donc de prêter attention aux stratégies utilisées pour résoudre un problème ou apprendre quelque chose. Vient ensuite la conscience de ses expériences mentales : remarquer ses sentiments de confiance, de difficulté ou d'effort, ou encore les moments de distraction ou d'inattention. Enfin, la dernière composante est la réflexion sur les apprentissages, c'est-à-dire évaluer sa compréhension du sujet. Ensemble, ces compétences favorisent un apprentissage efficace chez les enfants comme chez les adultes.

La métacognition joue un rôle primordial dans l'apprentissage des enfants, car ces derniers s'appuient sur leurs processus métacognitifs pour planifier, suivre et évaluer leur compréhension et leurs performances, tant en classe qu'en dehors. Face à une activité d'apprentissage, les enfants mobilisent différents types de connaissances. Ils possèdent des connaissances sur eux-mêmes, connaissant leurs forces, leurs difficultés et leur attitude face à l'apprentissage, ainsi que des connaissances sur les stratégies, c'est-à-dire les méthodes et outils qui leur conviennent le mieux. Ils possèdent également des connaissances sur l'activité elle-même, comprenant ce qu'elle implique et les clés de sa réussite. Les enfants dotés de compétences métacognitives plus développées ont tendance à obtenir de meilleurs résultats scolaires. Par ailleurs, l'enseignement direct de la métacognition semble améliorer l'apprentissage dans différentes matières.

La métacognition peut aider les enfants à suivre des instructions. Ainsi, un enfant qui se rend compte qu'il a peut-être manqué une étape peut faire une pause, vérifier ou demander des précisions, ce qui l'aide probablement à mieux réussir ses activités. La métacognition peut également aider un enfant à améliorer ses habitudes d'étude. Par exemple, un enfant qui réalise qu'il a perdu sa concentration pendant une leçon peut revoir la matière plus tard. Ou encore, s'il remarque que ses devoirs se passent mieux lorsqu'il est reposé, il peut essayer de modifier son rythme de travail. Enfin, la métacognition aide les enfants à réfléchir à leurs apprentissages, par exemple en les incitant à analyser ce qu'ils viennent d'apprendre. Ainsi, se dire « Je pense que c'est vrai parce que » peut aider un enfant à renforcer sa compréhension et sa mémoire. De manière générale, les capacités métacognitives se développent et s'améliorent avec l'âge.

Les jeunes enfants ont souvent du mal à expliquer comment ils pensent ou apprennent, car leur compréhension des concepts abstraits tels que la mémoire, la résolution de problèmes ou l'apprentissage est encore en développement. Pourtant, même les très jeunes enfants peuvent manifester des signes de conscience métacognitive. Ainsi, par exemple, dès l'âge de cinq ans, les enfants sont souvent capables de reconnaître qu'ils se souviennent correctement de quelque chose. Ils seront donc peut-être prêts à parier plus de bonbons sur leurs bonnes réponses. Même les enfants de trois et quatre ans font preuve d'une certaine conscience de leurs connaissances, notamment lors d'activités qu'ils apprécient. En grandissant, leur conscience de soi s'affine. Les plus jeunes ont donc souvent tendance à surestimer leurs capacités et peuvent adopter une attitude confiante, du type « Je peux tout faire », ce qui peut s'avérer très utile car cela leur donne l'envie d'essayer de nouvelles choses. Mais à mesure qu'ils mûrissent, leurs jugements sur leurs connaissances et leurs compétences deviennent plus réalistes.

Les compétences métacognitives se développent parallèlement à d'autres domaines comme la cognition, le langage, les émotions et la compréhension sociale. Avec le temps, les enfants prennent davantage conscience de ce qui les aide à apprendre le mieux, de ce qui les motive et de la réelle mémorisation des nouvelles informations. Les parents et les personnes qui s'occupent d'enfants peuvent les aider à développer leurs compétences métacognitives, c'est-à-dire leur capacité à réfléchir sur leur propre pensée, grâce à des activités simples du quotidien. Ainsi, lorsque vous cuisinez, jouez à un jeu ou faites un puzzle ensemble, vous pouvez poser des questions ouvertes qui incitent votre enfant à expliquer son raisonnement : « Peux-tu m'en dire plus sur les raisons pour lesquelles tu penses cela ? » ou « Comment as-tu trouvé cela ? » Ce type de questions aide les enfants à comprendre que l'apprentissage passe par l'effort et la réflexion.

Si votre enfant se sent frustré en apprenant quelque chose de nouveau, rappelez-lui des moments où il a appris une compétence qui lui paraissait difficile au début, comme faire du vélo. Vous pouvez lui demander : « Qu'est-ce qui t'a aidé à progresser ? » Cela lui permettra de comprendre que l'apprentissage demande du temps et de la pratique. Vous pouvez aussi lui poser des questions qui l'amènent à réfléchir à sa démarche, comme : « Comment sauras-tu que ton dessin est terminé ? » ou « Que pourrais-tu essayer si ça ne marche pas ? » Pour les plus grands, encouragez-les à réfléchir après avoir terminé une tâche en leur demandant : « Qu'est-ce qui a bien fonctionné ? » ou « Que pourrais-tu faire différemment la prochaine fois ? » Ces questions aident les enfants à mieux comprendre comment ils apprennent et à avoir davantage confiance en leur capacité à apprendre de nouvelles choses et à résoudre de nouveaux problèmes.

Les enseignants peuvent aider les élèves à développer leurs compétences métacognitives en les leur enseignant directement et en leur offrant des occasions de les mettre en pratique. Les tâches nouvelles et difficiles peuvent souvent paraître insurmontables, et les enseignants peuvent encourager les élèves à se poser des questions telles que : « Qu’est-ce qui rend cette tâche difficile ? », « Ai-je déjà fait quelque chose de similaire ? », « De quel soutien puis-je avoir besoin ? », « Existe-t-il des ressources que je peux utiliser ? », « Puis-je demander de l’aide à mes amis ou à mes enseignants ? ». Après avoir terminé une tâche, la réflexion permet aux élèves de voir ce qui a fonctionné et ce qui n’a pas fonctionné. Les enseignants peuvent guider ce processus en posant des questions telles que : « Qu’ai-je appris de nouveau ? », « Quelles erreurs ai-je commises et pourquoi ? », « Qu’est-ce qui était facile ou difficile ? », « Comment pourrais-je faire mieux la prochaine fois ? ».

Encourager les élèves à consulter les commentaires, à s'auto-évaluer et à comparer leurs résultats aux critères de réussite favorise également la réflexion métacognitive. Nous ne comprenons pas encore pleinement toutes les raisons des différences de compétences métacognitives entre les enfants. Nous savons toutefois que l'environnement et l'expérience jouent un rôle important : lorsque les enfants apprennent activement à planifier, à suivre et à réfléchir sur leurs apprentissages, et qu'ils ont l'occasion de pratiquer ces compétences, ils ont tendance à les développer. Les capacités métacognitives dépendent aussi des connaissances préalables de l'enfant et de l'énergie mentale qu'il peut consacrer à la tâche. Par exemple, un enfant de six ans passionné de construction Lego sera peut-être très doué pour repérer les erreurs de construction. Mais ce même enfant aura peut-être beaucoup plus de mal à analyser ses erreurs dans une matière qu'il maîtrise moins. Et comme les compétences métacognitives des enfants varient et peuvent évoluer selon les situations, les enseigner et les soutenir explicitement contribue à uniformiser les chances de réussite.

Encourager tous les apprenants à réfléchir à leurs propres méthodes d'apprentissage peut contribuer à réduire les écarts de réussite scolaire. La métacognition me fascine pour plusieurs raisons. Tout d'abord, c'est un concept vaste et interconnecté. Réfléchir à sa propre pensée est étroitement lié à la façon dont nous apprenons, dont nous étudions et dont nous nous comprenons nous-mêmes. Du fait de ses liens avec de nombreux aspects du développement cognitif et social, son étude est complexe. Mais c'est aussi ce qui la rend si intéressante. Mieux comprendre la métacognition nous permet d'appréhender plus pleinement comment tous ces facteurs interagissent pour favoriser l'apprentissage des enfants. Ensuite, même si la recherche montre que l'enseignement des compétences métacognitives semble être une voie très prometteuse pour stimuler l'apprentissage et potentiellement réduire les écarts de réussite, nous ne comprenons pas encore pleinement son fonctionnement ni la manière de l'enseigner le plus efficacement possible. Je pense donc que le potentiel est immense : si nous parvenons à percer les mécanismes à l'origine de ces effets positifs, nous pourrons fournir aux enseignants et aux éducateurs des recommandations plus claires, plus précises et fondées sur des données probantes afin de mieux accompagner l'apprentissage des enfants.

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