La société ne peut se permettre de laisser derrière elle les enfants ayant des difficultés d'apprentissage.
Christian Vögeli, fondateur de la start-up ed-tech Dybuster, explique comment l'ed-tech personnalise l'apprentissage pour les enfants atteints de dyslexie ou de dyscalculie.
Aisha Schnellmann : Comment les technologies éducatives peuvent-elles aider les enfants ayant des difficultés d'apprentissage à mieux saisir les concepts, et comment complètent-elles l'enseignement en présentiel ?
Christian Vögeli : Les enfants présentant des difficultés d'apprentissage éprouvent souvent des difficultés à effectuer des tâches simples de calcul et de lecture en faisant appel à leur mémoire à long terme de manière automatique. Ce manque d'automatisation contribue à leur incapacité à lire ou à résoudre des problèmes de mathématiques correctement et rapidement.
C’est là que les technologies éducatives peuvent véritablement faire la différence. Elles permettent de poser rapidement de nombreuses questions, de fournir un retour d’information immédiat et de présenter des questions similaires aux apprenants en variant légèrement chaque fois. Ces fonctionnalités aident les apprenants à automatiser leurs apprentissages en renforçant les concepts et en entraînant leur cerveau non seulement à les mémoriser à long terme, mais aussi à les restituer de manière répétée lors de la résolution de problèmes similaires.
« Le rôle des technologies éducatives complète l'enseignement en présentiel et constitue un outil qui aide les enseignants à optimiser leur temps en classe. »
Les technologies éducatives permettent également de présenter des concepts et des tâches d'une manière qui serait non seulement difficile à réaliser, mais aussi très chronophage autrement. Par exemple, grâce à la modélisation 3D, le logiciel de mon entreprise Dybuster elle permet d'améliorer la perception visuelle et spatiale des apprenants, ce qui est particulièrement important en mathématiques.
COMME: Les technologies éducatives finiront-elles par remplacer les enseignants ?
CV: Les technologies éducatives ne peuvent et ne doivent pas remplacer les enseignants. La capacité d'apprentissage d'un enfant dépend en grande partie de son environnement d'apprentissage, et les enseignants jouent un rôle essentiel dans ce contexte. Ils sont capables de motiver les élèves en difficulté et de leur donner la confiance nécessaire pour atteindre leurs objectifs d'apprentissage. Le rôle des technologies éducatives complète l'enseignement en présentiel et constitue un outil qui aide les enseignants à optimiser leur temps en classe.
COMME: Comment créer une plateforme d'apprentissage adaptée aux enfants ayant des difficultés d'apprentissage ?
CV: Il est essentiel, tout d'abord, de comprendre les causes profondes des difficultés d'apprentissage. Chez Dybuster, nous avons étudié la recherche neuropsychologique et les différences de développement neuropsychologique chez les enfants dyslexiques ou dyscalculiques. Nous avons examiné les hypothèses actuelles et la manière dont les technologies éducatives pourraient favoriser un développement similaire à celui observé chez les enfants sans ces difficultés d'apprentissage.
« Une plateforme destinée aux enfants en difficulté d’apprentissage doit être encourageante, permettre aux apprenants de se former de manière autonome et ne pas nécessiter l’intervention ou les corrections constantes des enseignants. »
Deuxièmement, il est essentiel de créer un environnement où les enfants puissent se libérer de l'anxiété liée à leurs difficultés d'apprentissage. La plateforme d'apprentissage doit les affranchir de la pression sociale qu'ils subissent au quotidien et leur permettre de s'approprier leur apprentissage.
Sur la plateforme d'apprentissage, les enfants devraient pouvoir s'auto-corriger, recevoir des retours et, surtout, trouver eux-mêmes les bonnes solutions. L'introduction de la gamification peut également avoir des effets motivants positifs, car elle donne aux enfants le sentiment de progresser et de tirer profit de leur apprentissage, leur montre les progrès accomplis et leur permet de savourer leur propre réussite.
Pour être efficace, une plateforme d'apprentissage destinée aux enfants en difficulté d'apprentissage doit donc être encourageante, permettre aux apprenants de se former de manière autonome et ne pas nécessiter d'intervention ou de corrections constantes de la part des enseignants.
« Parvenir à l’inclusion signifie parvenir à un apprentissage individualisé en classe. Cela implique de veiller à ce que les différents niveaux de forces et de faiblesses des apprenants soient pris en compte. »
COMME: Comment pensez-vous que les technologies éducatives pour les difficultés d'apprentissage permettront d'accroître l'inclusion dans le système éducatif et d'offrir les mêmes chances à tous les apprenants ?
CV: L'inclusion passe par un apprentissage individualisé en classe. Cela implique de prendre en compte les forces et les faiblesses de chaque élève. Pour y parvenir, il est essentiel de fournir aux enfants les outils nécessaires à leur formation individuelle.
Les technologies éducatives soutiennent le système éducatif en permettant cet apprentissage individualisé. En développant l'automatisation chez les enfants en difficulté d'apprentissage, elles accélèrent leur apprentissage et réduisent l'énergie et la concentration qu'ils doivent consacrer à la maîtrise des compétences fondamentales, ce qui influence positivement leur compréhension des autres matières connexes.
« Aider les enfants dyslexiques à améliorer leurs compétences de base en lecture et en écriture leur donne de meilleures chances de réussir dans d'autres matières qui utilisent le langage écrit. »
Les enfants qui maîtrisent mieux la lecture et l'écriture réussissent généralement mieux dans les matières linguistiques. Par conséquent, aider les enfants dyslexiques à améliorer leurs compétences fondamentales en lecture et en écriture leur offre de meilleures chances de réussite dans les autres matières qui utilisent le langage écrit. Et comme le langage écrit est utilisé dans presque toutes les matières pour poser des questions et fournir des informations, pratiquement toutes les disciplines sont concernées.
COMME: Pensez-vous que les technologies éducatives pour les difficultés d'apprentissage finiront par faire partie intégrante du système éducatif ?
CV: Je pense que les systèmes éducatifs de nombreux pays ne sont pas encore prêts, car, même à un niveau fondamental, ils n'ont malheureusement pas encore commencé à aborder la question des difficultés d'apprentissage. L'école inclusive n'est pas pratiquée et les ressources nécessaires à son soutien ne sont pas fournies. Une expérience considérable et un effectif important sont indispensables à la réussite des systèmes d'éducation inclusive.
« Je pense que les systèmes éducatifs de nombreux pays ne sont pas encore prêts, car même à un niveau fondamental, ils n’ont malheureusement pas encore commencé à s’attaquer au problème des difficultés d’apprentissage. »
Ce n'est que lorsque des ressources suffisantes auront été allouées que l'on pourra commencer à réfléchir aux solutions nécessaires pour mieux accompagner les enfants en difficulté d'apprentissage. On réalisera alors qu'il est possible de tirer profit des technologies éducatives pour former ces enfants au développement de l'autonomie.
La Suisse, pays d'origine de Dybuster, œuvre avec succès depuis 20 ans en faveur de l'éducation inclusive. De ce fait, le pays dispose d'une expertise considérable et de ressources importantes pour accompagner les enfants en difficulté d'apprentissage. À Zurich, deux tiers des écoles utilisent les produits Dybuster pour épauler les enseignants spécialisés dans leur pratique. Les élèves peuvent ainsi enrichir leur apprentissage grâce aux outils numériques éducatifs, aussi bien à l'école qu'à la maison, sous forme de devoirs supervisés réalisables en ligne.
La technologie ne peut certes pas résoudre tous les problèmes rencontrés par les enfants en difficulté d'apprentissage. Elle peut toutefois soutenir les systèmes éducatifs qui mettent à leur disposition les ressources nécessaires à leur réussite scolaire. En tant que société, nous ne pouvons nous permettre de laisser de côté les enfants en difficulté d'apprentissage.
Notes
Christian Vögeli est le directeur général de la startup ed-tech Dybuster. Il a étudié l'informatique à l'École polytechnique fédérale de Zurich (ETH Zurich), où il a obtenu une mention très bien pour son master. Son mémoire de master portait sur le modèle informationnel sous-jacent à Dybuster.
Dybuster est situé dans le EdTech Collider. Le collisionneur suisse de technologies éducatives est le premier espace collaboratif suisse dédié aux entrepreneurs ambitieux qui transforment l'éducation et l'apprentissage grâce à la technologie. Il a été cofondé par Jacobs Foundation.
Situé dans Parc d'innovation de l'EPFL à quelques pas de Centre pour l'éducation numérique de l'EPFLL'EdTech Collider propose un espace de coworking moderne à ses membres, des jeunes pousses aux startups établies. Contrairement aux incubateurs ou accélérateurs de startups classiques, l'EdTech Collider offre un accompagnement continu et un accès à des experts en technologies éducatives, des leaders du secteur et des investisseurs.
Un commentaire
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[…] Cet article est une excellente interview publiée sur BoldBlog avec Christian Vögeli, fondateur de Dybuster, qui explique comment les technologies éducatives personnalisent l'apprentissage pour les enfants dyslexiques ou dyscalculiques. Il aborde également l'importance de ces technologies pour compléter le travail de l'enseignant et l'aider à optimiser son temps en classe et à répondre à des questions telles que : […]