Les élèves de Stella Stejskal-Blum, professeure d'anglais dans un lycée suisse, se lancent dans le monde de l'entrepreneuriat numérique.

Caroline Smrstik Gentner : Qu'est-ce qui vous a incité à faire explorer à vos élèves de cours d'anglais des idées de création d'entreprise ?

Stella Stejskal-Blum : En 2019, je travaillais avec des élèves déscolarisés ou scolarisés à domicile, au sein d'un groupe d'apprentissage bilingue. J'ai alors réalisé que l'apprentissage d'une langue est favorisé par le désir de communiquer quelque chose qui nous passionne ou nous inspire. Animés par une motivation intrinsèque, les élèves vont bien au-delà de la simple mémorisation de la grammaire et de la répétition. J'ai souhaité mettre cette observation à profit lorsque j'ai commencé à enseigner au collège de Burg à l'automne 2020. Selon moi, un bon enseignement doit être ouvert à la discussion : si l'on sait dès le début d'une leçon comment elle va se terminer, il n'y a plus d'aventure.

Au début de l'année scolaire, j'ai demandé à mes élèves de réfléchir aux problèmes du monde actuel et de choisir celui qui leur tenait le plus à cœur, puis de trouver des camarades souhaitant travailler sur le même sujet. Des groupes se sont formés et ont abordé des thèmes variés : la lutte contre la désinformation, la prise en charge de la dépression chez les adolescents, l'organisation d'une campagne de recyclage sur le campus, et même le lancement d'un food truck végan.

« Je pense qu’un bon enseignement doit être ouvert – si l’on sait dès le début d’une leçon exactement comment on veut qu’elle se termine, il n’y a pas d’aventure. »

CSG : Vous enseigniez l'anglais tout en préparant les étudiants à vivre dans un monde numérique – comment ces deux objectifs s'articulent-ils ?

SS: Nous avons débuté le semestre par un atelier de design thinking au Creative Kids eduLab de Bâle, où les élèves ont collaboré avec des experts pour créer un prototype répondant aux problèmes qu'ils avaient choisis. Ils devaient présenter leur projet à deux reprises en anglais le même jour, ce qui impliquait de nombreux échanges pour bien comprendre le problème et trouver des solutions.

Les élèves bénéficiaient de trois heures de cours d'anglais par semaine. Une heure était consacrée à un enseignement traditionnel à l'aide d'un manuel, et les deux autres heures à un travail autonome. Les élèves tenaient un journal de bord où ils notaient leurs objectifs et, à la fin de chaque leçon, ils consignaient leurs réalisations.

Les outils numériques que nous avons utilisés ont favorisé l'usage de l'anglais. La plateforme de gestion de projet Wechange, par exemple, leur a permis d'entrer en contact avec des personnes du monde entier. Un développeur d'applications anglophone a accompagné l'un de mes groupes sur Zoom. Certains étudiants ont mis à jour un site web, tandis que d'autres ont créé des vidéos ou se sont exercés à la narration ; autant de compétences d'avenir.

CSG : Après l’enthousiasme initial lié au développement d’une idée, comment les « start-ups » ont-elles évolué ?

SS: Certains groupes étaient très motivés pour continuer, alors je les ai accompagnés individuellement jusqu'à la fin du semestre. D'autres étudiants, un peu déstabilisés par la grande liberté qui leur était accordée, ont continué à travailler avec le manuel, ou je leur ai donné d'autres devoirs.

Un groupe de jeunes filles, très matures, a décidé de créer une application de soutien en santé mentale. Ce sujet leur tenait particulièrement à cœur : certaines vivent en famille d’accueil, d’autres sont en instance de divorce ou manquent de l’attention et du soutien nécessaires. La dépression est une réalité pour elles, et elles souhaitaient agir concrètement pour aider d’autres adolescents en difficulté.

Ils n'ont pas terminé leur projet au premier semestre, mais ils continuent d'y travailler pendant leur temps libre et ont déjà accompli beaucoup. J'ai semé une petite graine dans leur esprit – et même s'ils oublient parfois de l'arroser, elle est toujours là et peut toujours renaître.

« Cette approche encourage les élèves à s'impliquer et leur permet de constater qu'ils peuvent avoir un impact, ce qui est vraiment valorisant pour les jeunes de cet âge. »

CSG : Est-ce quelque chose que d'autres écoles pourraient faire également ?

SS: En travaillant sur ce projet, j'ai découvert des écoles qui menaient des initiatives similaires, comme l'enseignement de l'esprit d'entreprise. Le simple fait d'entamer une démarche et d'explorer ses possibilités peut s'avérer une expérience très enrichissante pour les élèves. Cela leur apprend qu'ils ont le pouvoir d'accomplir quelque chose d'important et qu'ils n'ont pas à attendre passivement qu'on leur montre le chemin à suivre. Cette approche encourage les élèves à s'impliquer et leur permet de constater leur impact, ce qui est extrêmement valorisant pour les jeunes de cet âge.

Notes

Stella Stejskal-Blum Elle enseignait l'anglais dans un lycée public de Liestal, près de Bâle, dans le nord-ouest de la Suisse. Elle fait partie des Éducateurs-créateurs 2020 Lauréate de plusieurs prix, elle travaille actuellement pour une maison d'édition spécialisée dans l'éducation à la création d'un nouveau guide pédagogique entièrement numérique pour l'apprentissage par projets.

Le public Sekundarschule BurgSituée à Liestal, dans le nord-ouest de la Suisse, cette école est destinée aux élèves en fin de scolarité obligatoire (de 13 à 16 ans). À l'issue de ce cursus de trois ans, les élèves débutent un apprentissage.

Dans l' « Les adolescents entrepreneurs »Dans le cadre de ce projet, les élèves ont amélioré leur anglais tout en développant leurs propres start-ups. Cette initiative collaborative, menée à l'échelle de l'établissement, abordait des problématiques sociales et environnementales actuelles, avec des projets allant d'une application de soutien aux jeunes en difficulté à une campagne de réduction de la pollution plastique. Les élèves germanophones ont travaillé avec des plateformes numériques anglophones, apprenant l'entrepreneuriat et la gestion de projet tout en perfectionnant leurs compétences linguistiques.

« TeenPreneurs » est l'un des dix projets suisses récompensés par la Fondation Educreators dans le cadre de son concours Shapers of the Future 2020. Les projets primés exploitent la transformation numérique comme une opportunité pour créer des environnements d'apprentissage inspirants. Cette initiative est une collaboration entre la Fondation Gebert Rüf et… Jacobs Foundation, la Fondation Mercator Suisse, la Fondation Beisheim et movetia.

Un commentaire

  1. Un ouvrage très inspirant et pertinent pour les étudiants du XXIe siècle.

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