« Prendre du recul peut parfois être en réalité un pas en avant. »
Même dans un environnement scolaire numérisé, nous devons nous concentrer sur le développement de compétences pratiques et de relations, affirme Reto Helbling, directeur d'école suisse.
Caroline Smrstik Gentner : Dans le cadre du projet « Rencontre entre les jeunes et les aînés » de votre école, des retraités apprennent à des jeunes de 10 à 14 ans à construire un haut-parleur. Pourquoi avoir choisi de mettre en place un tel projet ?
Reto Helbling : Notre école est très avancée en matière de technologies numériques. Nous utilisons des iPads depuis une dizaine d’années et possédons même une imprimante 3D. Ainsi, lorsque nos élèves entament un apprentissage dans un métier, comme la plupart d’entre eux, ils maîtrisent parfaitement les logiciels les plus récents. Cependant, les rapports des formateurs en entreprise indiquent que nos diplômés manquent de certaines compétences pratiques, telles que la soudure ou la manipulation de circuits imprimés.
Nous avons déjà mis en relation des retraités et des jeunes – par exemple, en demandant à des étudiants d'aider des personnes âgées à se familiariser avec les nouveaux médias dans le cadre du projet CompiSternli – et l'idée d'un échange de connaissances dans l'autre sens nous a semblé prometteuse. C'est ainsi que des ingénieurs en électronique retraités enseignent désormais aux enfants les bases de leur métier.
CSG : Comment avez-vous procédé pour organiser ces ateliers ?
RH : Nous avons recruté un ingénieur retraité via un site internet proposant des missions de bénévolat aux seniors, et il a incité certains de ses collègues à se joindre à lui. Nous avons décidé de nous concentrer sur la construction d'un haut-parleur, car cela intéresse les enfants. Mais la pandémie a tout bouleversé. Notre premier formateur avait 75 ans et, son âge le plaçant dans un groupe à risque face à la COVID-19, il n'a plus pu participer. Il faut également préciser qu'il est impossible de respecter la distanciation sociale lors de la soudure. Après avoir réalisé un projet pilote, nous avons dû le reporter. Nous proposons désormais cet atelier comme option ce semestre, avec seulement six élèves par formateur.
« Il est de notre responsabilité de préparer les étudiants à réussir dans un monde professionnel et numérisé. »
CSG : Votre établissement propose un environnement d’apprentissage numérique que les écoles plus traditionnelles aimeraient imiter. Mais vous, vous regardez dans la direction opposée. Pourquoi ?
RH : Il est de notre responsabilité de préparer les élèves à réussir dans un monde professionnel et numérique. Depuis 20 ans que nous accompagnons les jeunes dans leur transition vers le monde du travail, nous nous sommes toujours posé la question : « De quelles compétences auront-ils besoin dans leur vie professionnelle ? » Une élève en formation d’ingénieure en automatisation comprend les principes de la construction grâce à son expérience de la robotique Lego et de la programmation dans notre établissement, mais être une programmeuse polyvalente ne suffit pas. Or, le programme scolaire classique ne laisse pas suffisamment de place à l’expérimentation avec les circuits imprimés, à l’apprentissage des notions de résistance et à la découverte du fonctionnement d’un appareil électronique.
Nous souhaitions trouver une solution créative à ce problème. Le contact intergénérationnel permet à nos élèves d'acquérir de nouvelles compétences, et les aînés participants sont ravis de constater que leurs compétences sont toujours recherchées.
« Alors que la société et la technologie évoluent constamment, une chose demeure constante : les relations humaines. »
CSG : Bien sûr, toutes les écoles ne disposent pas des mêmes ressources numériques que vous. Mais d’autres écoles pourraient-elles s’inspirer de votre approche qui allie jeunesse et expérience ?
RH : Absolument ! C’est facile à mettre en œuvre, car le coût d’un fer à souder et des matériaux est minime. Nous avons également rédigé un guide pour organiser un projet comme le nôtre.
Alors que la société et la technologie évoluent sans cesse, une chose demeure immuable : les relations humaines. Les compétences relationnelles resteront toujours essentielles. Des projets comme celui-ci aident les élèves à développer leurs aptitudes interpersonnelles et à apprendre à nouer des relations avec des personnes extérieures à leur cercle habituel. Ces compétences leur seront précieuses lorsqu’ils entreront sur le marché du travail.
Notes
Reto Helbling est le directeur de l'école privée Apprendre avec à Wohlen, en Suisse. Il est l'un des Éducateurs-créateurs 2020 lauréats.
Apprendre avec L'école privée « Apprends avec nous » (dont le nom signifie approximativement « Apprendre avec nous » en allemand) est située à Wohlen, en Suisse. Elle accueille les élèves de la quatrième à la neuvième année (de 10 à 15 ans) et ne compte que 12 élèves par classe. L'école prépare les élèves à un apprentissage professionnel à l'issue de leur scolarité obligatoire.
«Jung et Alt sous Strom» (Young and Old, Powered Up) est un programme qui réunit des élèves du primaire et du secondaire avec des retraités pour un apprentissage pratique des bases de l'électronique.
«Jung et Alt sous Strom» Ce projet figurait parmi les dix projets suisses sélectionnés par la Fondation Educreators dans le cadre de son concours « Façonneurs du futur 2020 ». Les projets primés exploitent la transformation numérique comme une opportunité pour développer des environnements d'apprentissage inspirants. Cette initiative est le fruit d'une collaboration entre la Fondation Gebert Rüf et… Jacobs Foundation, Stiftung Mercator Suisse, la Fondation Beisheim et movetia.