Adoptant une approche centrée sur l'enfant, une ONG indienne première a permis à des milliers d'enfants d'améliorer leurs compétences en calcul et en lecture. Usha Rane, directrice du contenu et de la formation, explique la méthodologie de l'organisation.

Clara Sanchiz : Les interventions de Pratham sont motivées par des données indiquant que, malgré un accès à l'éducation plus important que jamais, de nombreux enfants indiens n'apprennent pas autant qu'ils le devraient. Pouvez-vous expliquer pourquoi ?

Usha Rane : Actuellement, 95 à 98 % des enfants en Inde sont scolarisés. Afin d'évaluer leur apprentissage, Pratham a lancé en 2005 un rapport annuel sur l'état de l'éducation (ASER) en collaboration avec les services locaux, les ONG et les universités. Le rapport montre que près de 50 % des 5th Les élèves de primaire sont incapables de lire un texte destiné aux enfants de 2 ans.nd Le niveau en mathématiques est également très faible. Autrement dit, nous sommes confrontés à une situation quasi urgente.

Même lorsque les enfants n'acquièrent pas le niveau d'apprentissage requis, ils passent automatiquement en classe supérieure. La question qui se pose alors est celle de savoir comment accompagner ces enfants une fois inscrits dans une classe supérieure. On attend d'eux qu'ils maîtrisent des matières nouvelles et plus exigeantes, ce qui suppose qu'ils sachent lire et résoudre des problèmes mathématiques élémentaires.

Nous avons développé une approche pédagogique appelée Enseigner au bon niveau, ou TaRL, où les enfants sont regroupés par niveau d'apprentissage plutôt que par classe, souvent pour une seule heure par jour. Lorsque les méthodes et le matériel sont adaptés à chaque groupe, les élèves progressent rapidement et significativement en lecture, en compréhension et en calcul. Nous plaçons les enfants dans le niveau approprié grâce à une évaluation simple, et des évaluations similaires sont réalisées périodiquement pour suivre leurs progrès.

L'objectif est d'amener la majorité des élèves au groupe de niveau le plus élevé à la fin de l'intervention. Cela signifie qu'ils seront capables de lire et de comprendre des textes simples, d'effectuer des calculs arithmétiques élémentaires avec assurance et de s'exprimer efficacement à l'oral comme à l'écrit.

CS: Du point de vue de l'enseignant, quels avantages offre cette approche ?

UR : L'avantage de cette approche est qu'elle donne des résultats rapides, en seulement quelques mois. Les enfants apprennent vite. C'est lorsqu'on les ennuie en leur fournissant trop d'informations et d'instructions que leur attention commence à faiblir. Si vous les captivez avec quelque chose de vraiment intéressant, si vous leur expliquez clairement l'objectif et si vous évitez de les prendre pour des imbéciles, ils démontreront qu'ils sont capables de penser par eux-mêmes.

« Si vous proposez aux enfants une activité vraiment intéressante, si vous leur expliquez l’objectif et si vous évitez de les traiter comme s’ils n’avaient pas de cerveau, ils démontreront qu’ils sont capables de penser de manière indépendante. »

Les enfants ne sont pas des pages blanches. Ils possèdent des connaissances, de l'intelligence et de l'expérience, ainsi que des questions. L'objectif est de tirer parti de ce qu'ils apportent au processus d'apprentissage. Nous privilégions l'apprentissage à l'enseignement magistral. Cette approche vise à aider les enfants à développer leurs capacités sensori-motrices, telles que l'écoute attentive, l'observation, l'expression orale et l'action, ainsi que leurs compétences en lecture et en écriture.

Nombre d'entre nous ont suivi un cursus scolaire traditionnel et connaissent bien un système où les enseignants monopolisent la parole et les élèves écoutent passivement. Or, ce système n'est peut-être plus aussi efficace qu'on le pensait. Nous encourageons les enseignants à se défaire des méthodes d'enseignement et d'apprentissage traditionnelles et à aider les enfants à devenir des apprenants, tandis que les enseignants eux-mêmes deviennent des facilitateurs.

CS: Comment rendre l'approche TaRL rentable ?

UR : Nous avons créé des supports faciles à produire et à utiliser, et qui peuvent être facilement expédiés dans tout le pays. Chaque enfant reçoit des supports imprimables et/ou reproductibles localement. Souvent, les enfants utilisent des matériaux locaux, comme des pailles, des élastiques ou des cailloux, qui ne sont pas coûteux.

« Nous encourageons les enseignants à "désapprendre" les méthodes traditionnelles d'enseignement/d'apprentissage et à aider les enfants à devenir des apprenants, tandis que les enseignants eux-mêmes deviennent des facilitateurs. »

La formation des enseignants peut s'avérer très coûteuse. C'est pourquoi elle ne devrait pas durer des mois, mais seulement quelques jours. L'objectif est de partager de nouvelles idées afin que chacun puisse les mettre en pratique. L'idéal est de proposer une formation annuelle de 10 à 15 jours maximum, éventuellement complétée par quelques jours de perfectionnement.

Notes

première est une organisation indienne qui repense les méthodes d'enseignement, remet en question les stratégies traditionnelles et conteste le recours généralisé à l'apprentissage par cœur dans les écoles, dans le but d'optimiser l'apprentissage. Une série d'évaluations randomisées de Enseigner au bon niveau L’approche TaRL (apprentissage adapté au niveau de l’enfant) en Inde, au Kenya et au Ghana a démontré que l’enseignement adapté au niveau de l’enfant produit des effets positifs importants et significatifs sur les résultats d’apprentissage des enfants. Avec le soutien de TRECC, J-Pal Europe et le gouvernement ivoirien met en œuvre ce modèle dans les communautés cacaoyères du sud-ouest de la Côte d'Ivoire.

Usha Rane Elle est directrice du contenu et de la formation chez Pratham. Elle a rejoint l'organisation en 1996.