Comment l'école modifie-t-elle votre cerveau ?
Je me souviens encore de mon premier jour d'école, notamment grâce à la photo qui immortalise ce moment. Je suis sur le trottoir devant chez moi avec mon frère et un ami, vêtue d'un uniforme scolaire tout neuf, l'air… inquiet. Le temps que je consacrais auparavant aux jeux libres allait désormais être en grande partie remplacé par des heures passées assis en silence à écouter mon professeur.
La transition vers l'enseignement formel peut représenter une adaptation importante. Après tout, l'enseignement formel n'est pas quelque chose d'inné ; c'est une invention humaine récente. Pour rester assis en classe et être attentif, il faut des compétences d'autorégulation. L'importance de développer ces compétences est soulignée par une étude dans laquelle des chercheurs ont suivi plus de 1000 enfants originaire d'une ville de Nouvelle-Zélande depuis plus de trente ans.
Les chercheurs ont démontré que les adultes ayant éprouvé des difficultés d'autorégulation durant leur enfance étaient moins susceptibles que leurs pairs d'avoir obtenu leur diplôme d'études secondaires, d'être en bonne santé et d'occuper un emploi stable et bien rémunéré ; ils étaient en revanche plus susceptibles d'avoir été incarcérés. Plus le niveau de compétences est élevé, meilleures sont les perspectives de vie.
Il est intéressant de constater que les premières années de scolarité coïncident avec une nette amélioration des capacités d'autorégulation chez les enfants. Comment l'expliquer ? Est-ce simplement parce que les enfants sont scolarisés à un âge où ils sont généralement suffisamment mûrs pour en tirer profit, ou bien la scolarité elle-même accélère-t-elle le processus de développement cognitif ?
En savoir plus sur l'impact de l'entrée en première année
L'école représente-t-elle un changement suffisamment important dans le vécu des enfants pour modifier le cours de leur développement cérébral ? Après tout, la scolarité est une expérience immersive et intense dont on pourrait raisonnablement s'attendre à ce qu'elle ait un impact sur le développement d'un enfant. Curieusement, la question reste en grande partie ouverte : comment l'école nous transforme-t-elle ?
Bien que cette question soit importante, elle est difficile à étudier. On ne peut, en effet, assigner aléatoirement certains enfants à l'école et d'autres à la non-scolarisation. Cependant, certains chercheurs ont astucieusement tiré parti du fait que les enfants d'âge similaire commencent l'école à des moments différents, parfois en raison de la réglementation scolaire. Tirant parti de ces réglementations arbitraires, les chercheurs élaborent des protocoles d'étude basés sur la « seuil d'entrée à l'école », leur permettant de comparer le développement des enfants tout juste en âge d'entrer en CP avec celui des enfants qui ont manqué de peu cette date limite.
« Est-ce simplement que nous scolarisons les enfants à un âge où ils sont généralement suffisamment mûrs pour en tirer profit, ou bien la scolarisation elle-même accélère-t-elle le processus de développement cognitif ? »
Cette approche nous permet de nous demander : la fréquentation de la première année de primaire améliore-t-elle l'autorégulation des enfants et l'activité cérébrale sous-jacente ? Garvin Brod et Yee Lee Shing a mené une grande étude de conception des seuils scolaires à l'Institut Max Planck pour le développement humain à Berlin, j'ai eu l'opportunité de collaborer avec eux pour aborder cette question fondamentale. Les docteurs Brod et Shing ont recueilli des données comportementales et d'imagerie cérébrale auprès d'enfants de maternelle et de CP d'âge similaire, au début et à la fin de l'année scolaire.
Au début de l'année, les deux groupes d'enfants ont obtenu des résultats similaires aux tests informatisés d'autorégulation et ont présenté des schémas d'activation cérébrale comparables. En revanche, à la fin de l'année, les élèves de CP ont mieux respecté les consignes et ont montré une activation plus importante du cortex pariétal droit, une région cérébrale essentielle au maintien de l'attention.
Les avantages et les inconvénients de l'éducation formelle
Ces résultats ne signifient pas que l'école primaire soit nécessairement plus propice au développement d'un jeune enfant que la maternelle ; de plus, les pratiques pédagogiques varient considérablement d'un établissement à l'autre. Les enfants semblent apprendre plus facilement dans un environnement d'apprentissage interactif et concret, c'est-à-dire lorsqu'ils participent activement, plutôt que de rester assis passivement à écouter un enseignant.
Comme l'explique l'auteure Diane Ackerman, « le jeu est le mode d'apprentissage préféré de notre cerveau » – et l'Académie américaine de pédiatrie a qualifié le déclin du temps de jeu à l'école de crise nationale. Certains psychologues du développement avancent que l'apprentissage du respect des règles et du contrôle de son comportement étouffe la créativité et l'initiative des enfants.
« Il serait peut-être bon que les enfants apprennent à suivre les règles avant de commencer à les enfreindre. »
D'un autre côté, les chercheurs qui étudient la créativité affirment souvent que le type de pensée divergente qui conduit à l'innovation repose sur la concentration de l'attention et la flexibilité cognitive – autrement dit, il serait bon que les enfants apprennent à suivre les règles avant de commencer à les enfreindre.
Alors, comment l'école modifie-t-elle le cerveau – en bien comme en mal ? Nous commençons à peine à répondre à cette question.
Il faudra approfondir nos recherches pour évaluer les effets des différentes approches pédagogiques, et nous devrons examiner non seulement l'autorégulation, mais aussi de nombreux autres aspects du développement de l'enfant. Si je pouvais rencontrer la petite fille de cinq ans que j'étais, nerveuse à l'idée de sa rentrée scolaire, je la rassurerais en lui disant que l'école allait réellement transformer son cerveau.
Notes
Une année de scolarité améliore-t-elle le contrôle cognitif des enfants et modifie-t-elle l'activation cérébrale associée ? Garvin Brod, Silvia A. Bunge et Yee Lee Shing. Association for Psychological Science, article publié en ligne dans Psychological Science: Mai 10, 2017
2 commentaires
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Quel magnifique article sur un sujet si incroyablement important et intéressant !
Merci Silvia !
[…] Une étude récemment publiée s'interroge sur l'effet de la scolarité sur le cerveau. (Un résumé clair et accessible, rédigé par l'un des auteurs, est disponible ici.) […]