Bien que des études suggèrent que les écoles ne constituent pas un facteur majeur de transmission de la COVID-19, certains pays ont maintenu leur fermeture, tandis que dans d'autres, comme la Suisse, l'opportunité de les refermer fait l'objet de débats. Heureusement, nous disposons désormais de données empiriques, issues d'études sur les progrès d'apprentissage des élèves pendant la fermeture des écoles au printemps 2020, qui nous seront précieuses pour prendre ces décisions.

Une étude menée auprès de près de 30 000 étudiants

Une comparaison de la progression scolaire des élèves avant et pendant les fermetures d'écoles liées à la COVID-19 apporte un éclairage précieux sur l'impact de ces fermetures sur l'apprentissage.

Avec mes collègues de l'Institut d'évaluation de l'éducation de Zurich, je ont analysé les données recueillies auprès de près de 30 000 étudiants en utilisant un système de rétroaction formative informatisé (Étapes de l'espritLe système est conçu pour fournir aux enseignants une évaluation indépendante des performances des élèves et permettre à ces derniers de s'exercer de manière autonome. Les élèves ont passé des tests adaptatifs en mathématiques et en allemand, et nous avons ensuite comparé leurs progrès d'apprentissage (mesurés sur des échelles de compétences standardisées) au cours des deux périodes de huit semaines précédant et durant les fermetures d'établissements.

Une baisse spectaculaire des acquis d'apprentissage

Bien que les élèves du primaire aient progressé pendant la fermeture des écoles, leurs acquis d'apprentissage n'ont représenté que la moitié de ceux enregistrés lors des cours en présentiel des huit semaines précédentes. Ce constat n'est guère surprenant, étant donné que les écoles ont dû mettre en place rapidement un enseignement à distance improvisé, en situation d'urgence et dans un contexte de grande incertitude pour les individus et la société dans son ensemble.

Plus important encore que cette baisse d'apprentissage est le constat frappant augmenter L’ampleur des disparités dans les progrès des élèves du primaire a été particulièrement marquée. Durant les huit semaines précédant la fermeture des écoles, l’apprentissage s’est déroulé de manière relativement uniforme et peu de différences ont été observées dans les progrès individuels des élèves. Cependant, ces disparités se sont considérablement accrues pendant la période – relativement courte – de fermeture des écoles.

Les analyses, menées séparément pour chaque niveau scolaire, ne permettent pas de tirer de conclusions générales quant aux conséquences des fermetures d'écoles. En réalité, peu de choses semblent avoir changé pour les élèves du premier cycle du secondaire ; aucune différence statistiquement significative n'a été observée dans leurs progrès d'apprentissage avant et pendant les fermetures, et l'hétérogénéité de ces progrès n'a pas augmenté.

Le rôle de la famille et de l'âge

Cette étude ne fournit aucune information supplémentaire sur les élèves et leurs environnements d'apprentissage, pour des raisons de protection des données. Il apparaît néanmoins clairement que les familles ont joué un rôle important dans les modestes progrès d'apprentissage des jeunes élèves et dans l'accroissement de l'hétérogénéité. À mesure que l'influence institutionnelle des écoles diminue, le milieu familial prend une importance croissante.

« Il est évident que les familles ont joué un rôle important dans les modestes progrès d'apprentissage des jeunes élèves et dans l'augmentation de l'hétérogénéité. »

Les adolescents, plus matures et donc moins influencés par leur famille que les jeunes enfants, sont souvent mieux armés pour faire face à la situation et jouer un rôle plus autonome dans la gestion de leur vie. Plus l'enfant est jeune, plus il est important de stimuler ses capacités cognitives et de lui proposer un enseignement contextualisé qui tienne compte de ses connaissances. Il convient également de noter que les jeunes enfants n'ont pas encore pleinement développé la capacité d'apprendre de manière autonome et que beaucoup d'entre eux ne maîtrisent pas suffisamment les outils numériques. Or, ces deux éléments sont essentiels à la réussite de l'apprentissage à distance.

Enfin, les élèves les plus jeunes peuvent être particulièrement vulnérables au stress et aux conséquences de la pandémie. Des effets similaires, liés à l'âge, ont été observés dans un contexte totalement différent : dans son travail acclaméLe sociologue américain Glenn Elder a démontré que, pendant la Grande Dépression des années 1930, les enfants plus âgés étaient capables d'acquérir de l'autonomie et de nouvelles compétences, tandis que les plus jeunes étaient davantage touchés par les difficultés économiques de leur famille et plus susceptibles d'être victimes de conflits conjugaux, voire de violences familiales.

« Les élèves du primaire, ainsi que les enfants plus âgés, pourraient réussir l’apprentissage à distance, mais ils auront besoin de davantage de soutien de la part des écoles si celui-ci n’est pas disponible à la maison. »

Un soutien ciblé est nécessaire

Cette étude montre que si des fermetures d'établissements sont nécessaires, elles devraient, si possible, se limiter aux collèges et lycées, où nous n'avons constaté aucun impact négatif sur les acquis scolaires. Toutefois, si la fermeture des écoles primaires s'avère inévitable, il est crucial de porter une attention particulière aux élèves les plus en difficulté et issus de milieux défavorisés, et d'offrir un soutien ciblé aux enfants les plus susceptibles de prendre du retard ou d'être complètement laissés pour compte. L'étude laisse entrevoir la possibilité pour les élèves du primaire, ainsi que pour les plus grands, de réussir l'enseignement à distance – mais ils auront besoin d'un soutien accru de la part de l'établissement si celui-ci n'est pas disponible à domicile.